jeudi 20 décembre 2012

Koh Rung : le triangle des Bermudes



Lorsque nous projetons de partir pour Kampot, les hôtels contactés sont tous pleins car les Cambodgiens bénéficient de jours fériés pour la fête de l’eau et donc beaucoup viennent de la capitale pour profiter du bord de mer. Qu’à cela ne tienne, je décide d’essayer de réserver sur l’île de Koh Rung au large de Sihanoukville, dont les charmes nous ont été vantés par des hollandais fort sympathiques à Siem Reap. Après plusieurs essais infructueux auprès d’établissements recommandés dans le guide, je finis par trouver des chambres libres avec la traversée en bateau comprise. Je n’en reviens pas d’avoir autant de chance…On nous laisse dans un cybercafé en attendant le bateau. Le responsable nous explique alors que le nom des bungalows autrefois « Song Saa » a changé en « 3 Stones Bungalows ». Cela aurait dû nous mettre la puce à l’oreille… Prise de doutes, je recherche le nom des bungalows sur internet ce que je n’avais pas pris le temps de faire alors que depuis le début, nous nous consultons toujours les avis récents des voyageurs sur les endroits où nous allons.
Et là, gros malaise. Le lieu est décrit comme immonde, et qui plus envahi par les « sandflies ». Stéphane et moi connaissons bien ces horribles insectes, tout petits, noirs aux ailes blanches, appelés « moucafous » à Madagascar et qui nous y ont dévorés. Comparés à eux, les moustiques sont inoffensifs !
Je montre ce rapport peu engageant à notre agent de voyage qui nous dit qu’il ne s’agit pas du même endroit. Difficile d’y voir clair et nous devons partir. L’inquiétude me taraude.
Je ne suis pas plus rassurée lorsqu’on nous dépose sur le quai devant un cargo tout ce qu’il y a de plus local. Stéphane tend à me rassurer et imagine déjà le petit coin de paradis où nous allons arriver. Je me dis qu’au pire nous partirons plus tôt que prévu.
Après une heure d’attente, nous appareillons. « Tiens, » remarque Stéphane alors que nous approchons des côtes, « c’est bizarre, je croyais que nous allions de l’autre côté de l’île ».
Le cargo s’arrête en pleine mer pour nous livrer à une modeste pirogue dont le moteur ne veut pas redémarrer. J’angoisse carrément. Le capitaine tout sourire effectue sa réparation et nous repartons. Sait-il seulement où il doit nous déposer ? Impossible d’obtenir des renseignements car nul ne parle anglais. Valentine et Marie rient de mes interrogations et me poussent à faire confiance à notre équipage.
Nous arrivons à la nuit sur un ponton très mal commode, tout en hauteur, après avoir pris à notre bord une bande de joyeux drilles cambodgiens venus faire la fête. L’ambiance est bon enfant et familiale. Je suis rassérénée…jusqu’à ce qu’on nous conduise à nos chambres. Des lits couverts de draps rugueux et douteux, des moustiquaires trouées, tout ça dans un bâtiment quasiment à l’abandon près du générateur qui crache une fumée noire. L’HORREUR ! Impossible de repartir, il fait nuit noire.
Stéphane et moi tentons d’améliorer la situation avec les moyens du bord et le serveur du restaurant nous assure que nous aurons demain un bungalow bien plus agréable.
Nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur et profitons d’un superbe lever de lune. L’endroit a tout de même ses charmes.
La pluie se met de la partie, ce qui nous oblige à nous réfugier avec les cambodgiens qui aussitôt nous accueillent, comme ils savent si bien le faire, et partagent avec nous leurs grillades et leurs boissons. Adèle est gâté-pourrie comme d’habitude.
Mes angoisses ressurgissent quand les filles vont se coucher mais Valentine et Marie, toujours de bonne composition, m’assurent qu’elles sont très bien installées et Adèle s’endort aussitôt. Nos enfants sont vraiment formidables !
Nous finissons la soirée par une discussion très intéressante avec un des cambodgiens de 28 ans parlant bien anglais. Il a fait toutes ses études en Australie et a monté un commerce de production de viande séchée qui arrose tout le pays. Quand nous lui demandons si l’Australie ne lui manque pas, il répond que oui mais qu’il tient beaucoup à ce que son pays se développe et qu’en fait il pense avoir plus de chance de réussir ici car les perspectives sont nombreuses.
Au réveil, Valentine et Marie, de très bonne humeur nous disent avoir dormi comme des loirs. Nous allons aussitôt nous baigner tentés par les eaux turquoises. Hélas, c’est un bain de sacs plastiques, de barquettes en polystyrène et de canettes usées qui nous attend. Le courant rapporte sur ce côté de l’île tous les déchets de Sihanoukvillle et les gens qui entretiennent les bungalows n’ont aucune notion d’hygiène. Ils accumulent eux-mêmes leurs ordures derrière le restaurant.
Nous trouvons une grande plage de sable fin, un peu épargnée par les rejets de la côte. C’est là, sans doute que sans le savoir nous nous faisons dévorer par les fameux « sandflies ». La pauvre Marie est la plus piquée.
Heureusement, on nous transfère dans des bungalows qui sont acceptables.
Un américain débarque et c’est lui qui me fait comprendre l’arnaque. En fait, la superbe plage se trouve bien de l’autre côté de l’île, comme Stéphane en avait eu l’intuition. Ce touriste y avait séjourné l’année dernière avec la même équipe, qui entre temps a cédé son terrain à un australien qui en a fait un resort de luxe. Depuis, ils continuent de profiter de la réputation de cet endroit mais emmènent les gens ici. Une fois debarqués, difficile d’en repartir à moins d’avoir un bateau ou de marcher dans la jungle pendant plus de 10 kilomètres, ce que fera l’américain le lendemain même pour retrouver son coin de paradis. Nous ne pouvons guère l’imiter et attendrons notre bateau prévu 2 jours plus tard.
Quand nous nous retrouvons seuls après le départ d’un groupe de Suédois pris dans la même arnaque, l’angoisse me reprend. Allons-nous pouvoir repartir demain ? Le serveur, qui est notre seul interlocuteur sur l’île ne semble pas trop sûr, mais nous finissons par avoir une confirmation au téléphone depuis Sihanoukville.
OUF ! Je ne serai tranquille qu’une fois sur le continent.
L’atmosphère de notre dernière soirée sera très particulière. Nous sommes seuls avec les 5 ou 6 Khmers qui vivent ici. Ils ont préparé un repas spécial  pour la fête de l’eau auquel ils nous invitent. Le curry est délicieux, mais impossible de savoir quelle viande nous goûtons : singe, chat…en tout cas, nous comprenons qu’il s’agit d’un animal qui vit dans la jungle. Après quelques verres d’alcool de riz, un de nos hôtes se met à fondre en larme car son neveu vient d’être admis à l’hôpital. Nous essayons de le consoler et partons nous coucher après quelques plaisanteries.
Nous sommes réveillés au petit matin car le vent s’est levé et nous ne pouvons prendre le bateau du ponton. On nous annonce qu’il faut marcher dans la jungle, puis prendre un pick-up pour rejoindre le port. Tout cela n’est pas très rassurant, et comment allons nous faire avec nos bagages ?
La gentillesse naturelle des Khmers sauvera une fois de plus la situation. Le plus gros de nos sacs est acheminé à moto. Après une vingtaine de minutes de marche, nous retrouvons le pick-up dont le chauffeur écoute à fond un excellent concert de Santana. Dans la jungle, c’est assez étonnant.
Nous voilà enfin à bon port. Je remercie intérieurement nos anges gardiens.

Dans l'attente du départ.

Chargement de pains de glace.

A bord, la vie s'organise.



 Sur la digue du port de Sihanoukville, de précaires habitations.

Un petit coin de paradis...?




 Enfin de retour !

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