Lorsque nous projetons de partir pour Kampot, les hôtels
contactés sont tous pleins car les Cambodgiens bénéficient de jours fériés pour
la fête de l’eau et donc beaucoup viennent de la capitale pour profiter du bord
de mer. Qu’à cela ne tienne, je décide d’essayer de réserver sur l’île de Koh
Rung au large de Sihanoukville, dont les charmes nous ont été vantés par des
hollandais fort sympathiques à Siem Reap. Après plusieurs essais infructueux
auprès d’établissements recommandés dans le guide, je finis par trouver des
chambres libres avec la traversée en bateau comprise. Je n’en reviens pas
d’avoir autant de chance…On nous laisse dans un cybercafé en attendant le
bateau. Le responsable nous explique alors que le nom des bungalows autrefois
« Song Saa » a changé en « 3 Stones Bungalows ». Cela
aurait dû nous mettre la puce à l’oreille… Prise de doutes, je recherche le nom
des bungalows sur internet ce que je n’avais pas pris le temps de faire alors
que depuis le début, nous nous consultons toujours les avis récents des
voyageurs sur les endroits où nous allons.
Et là, gros malaise. Le lieu est décrit comme immonde, et
qui plus envahi par les « sandflies ». Stéphane et moi connaissons
bien ces horribles insectes, tout petits, noirs aux ailes blanches, appelés
« moucafous » à Madagascar et qui nous y ont dévorés. Comparés à eux,
les moustiques sont inoffensifs !
Je montre ce rapport peu engageant à notre agent de voyage
qui nous dit qu’il ne s’agit pas du même endroit. Difficile d’y voir clair et
nous devons partir. L’inquiétude me taraude.
Je ne suis pas plus rassurée lorsqu’on nous dépose sur le
quai devant un cargo tout ce qu’il y a de plus local. Stéphane tend à me
rassurer et imagine déjà le petit coin de paradis où nous allons arriver. Je me
dis qu’au pire nous partirons plus tôt que prévu.
Après une heure d’attente, nous appareillons. « Tiens, »
remarque Stéphane alors que nous approchons des côtes, « c’est bizarre, je
croyais que nous allions de l’autre côté de l’île ».
Le cargo s’arrête en pleine mer pour nous livrer à une
modeste pirogue dont le moteur ne veut pas redémarrer. J’angoisse carrément. Le
capitaine tout sourire effectue sa réparation et nous repartons. Sait-il
seulement où il doit nous déposer ? Impossible d’obtenir des
renseignements car nul ne parle anglais. Valentine et Marie rient de mes
interrogations et me poussent à faire confiance à notre équipage.
Nous arrivons à la nuit sur un ponton très mal commode, tout
en hauteur, après avoir pris à notre bord une bande de joyeux drilles
cambodgiens venus faire la fête. L’ambiance est bon enfant et familiale. Je
suis rassérénée…jusqu’à ce qu’on nous conduise à nos chambres. Des lits
couverts de draps rugueux et douteux, des moustiquaires trouées, tout ça dans
un bâtiment quasiment à l’abandon près du générateur qui crache une fumée
noire. L’HORREUR ! Impossible de repartir, il fait nuit noire.
Stéphane et moi tentons d’améliorer la situation avec les
moyens du bord et le serveur du restaurant nous assure que nous aurons demain
un bungalow bien plus agréable.
Nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur et profitons
d’un superbe lever de lune. L’endroit a tout de même ses charmes.
La pluie se met de la partie, ce qui nous oblige à nous
réfugier avec les cambodgiens qui aussitôt nous accueillent, comme ils savent
si bien le faire, et partagent avec nous leurs grillades et leurs boissons.
Adèle est gâté-pourrie comme d’habitude.
Mes angoisses ressurgissent quand les filles vont se coucher
mais Valentine et Marie, toujours de bonne composition, m’assurent qu’elles
sont très bien installées et Adèle s’endort aussitôt. Nos enfants sont vraiment
formidables !
Nous finissons la soirée par une discussion très
intéressante avec un des cambodgiens de 28 ans parlant bien anglais. Il a fait
toutes ses études en Australie et a monté un commerce de production de viande
séchée qui arrose tout le pays. Quand nous lui demandons si l’Australie ne lui
manque pas, il répond que oui mais qu’il tient beaucoup à ce que son pays se
développe et qu’en fait il pense avoir plus de chance de réussir ici car les
perspectives sont nombreuses.
Au réveil, Valentine et Marie, de très bonne humeur nous
disent avoir dormi comme des loirs. Nous allons aussitôt nous baigner tentés
par les eaux turquoises. Hélas, c’est un bain de sacs plastiques, de barquettes
en polystyrène et de canettes usées qui nous attend. Le courant rapporte sur ce
côté de l’île tous les déchets de Sihanoukvillle et les gens qui entretiennent
les bungalows n’ont aucune notion d’hygiène. Ils accumulent eux-mêmes leurs
ordures derrière le restaurant.
Nous trouvons une grande plage de sable fin, un peu épargnée
par les rejets de la côte. C’est là, sans doute que sans le savoir nous nous
faisons dévorer par les fameux « sandflies ». La pauvre Marie est la
plus piquée.
Heureusement, on nous transfère dans des bungalows qui sont
acceptables.
Un américain débarque et c’est lui qui me fait comprendre
l’arnaque. En fait, la superbe plage se trouve bien de l’autre côté de l’île,
comme Stéphane en avait eu l’intuition. Ce touriste y avait séjourné l’année
dernière avec la même équipe, qui entre temps a cédé son terrain à un
australien qui en a fait un resort de luxe. Depuis, ils continuent de profiter
de la réputation de cet endroit mais emmènent les gens ici. Une fois debarqués,
difficile d’en repartir à moins d’avoir un bateau ou de marcher dans la jungle
pendant plus de 10 kilomètres, ce que fera l’américain le lendemain même pour
retrouver son coin de paradis. Nous ne pouvons guère l’imiter et attendrons
notre bateau prévu 2 jours plus tard.
Quand nous nous retrouvons seuls après le départ d’un groupe
de Suédois pris dans la même arnaque, l’angoisse me reprend. Allons-nous
pouvoir repartir demain ? Le serveur, qui est notre seul interlocuteur sur
l’île ne semble pas trop sûr, mais nous finissons par avoir une confirmation au
téléphone depuis Sihanoukville.
OUF ! Je ne serai tranquille qu’une fois sur le
continent.
L’atmosphère de notre dernière soirée sera très particulière.
Nous sommes seuls avec les 5 ou 6 Khmers qui vivent ici. Ils ont préparé un
repas spécial pour la fête de l’eau
auquel ils nous invitent. Le curry est délicieux, mais impossible de savoir
quelle viande nous goûtons : singe, chat…en tout cas, nous comprenons
qu’il s’agit d’un animal qui vit dans la jungle. Après quelques verres d’alcool
de riz, un de nos hôtes se met à fondre en larme car son neveu vient d’être
admis à l’hôpital. Nous essayons de le consoler et partons nous coucher après
quelques plaisanteries.
Nous sommes réveillés au petit matin car le vent s’est levé
et nous ne pouvons prendre le bateau du ponton. On nous annonce qu’il faut
marcher dans la jungle, puis prendre un pick-up pour rejoindre le port. Tout
cela n’est pas très rassurant, et comment allons nous faire avec nos
bagages ?
La gentillesse naturelle des Khmers sauvera une fois de plus
la situation. Le plus gros de nos sacs est acheminé à moto. Après une vingtaine
de minutes de marche, nous retrouvons le pick-up dont le chauffeur écoute à
fond un excellent concert de Santana. Dans la jungle, c’est assez étonnant.
Nous voilà enfin à bon port. Je remercie intérieurement nos
anges gardiens.
Dans l'attente du départ.
Chargement de pains de glace.
A bord, la vie s'organise.
Sur la digue du port de Sihanoukville, de précaires habitations.
Un petit coin de paradis...?
Enfin de retour !
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