S-21, nom de code apparemment inoffensif et qui ici fait
frémir : il s’agit de la prison de haute sécurité numéro 21 que les Khmers
rouges avaient installé dans un collège de Phnom Penh vidé de ses élèves. Dans
ce lieu voué auparavant à l’éducation, on « rééduquait » les anciens
professeurs, les intellectuels, les opposants, tout ce qui portait lunettes et
professait quelque savoir « inutile ». De 1975 à 1978, plus de 17 000 personnes
passèrent dans ces murs pour y être torturées, exécutées. Dans les anciennes
salles de classe, on ne récite plus ses leçons, on avoue tout : ses
relations, ses erreurs, ses crimes, réels ou non. Les coursives et les fenêtres
sont bardées de barbelés pour interdire la seule porte de sortie, le suicide.
Hommes, femmes, enfants, vieillards, aucun n’en réchappe. Leurs photos sont
affichées dans les salles où les visiteurs passent dans un silence de mort.
Jamais ces murs ne retrouveront leur fraicheur, ni ces lieux le rire des
enfants. Des panneaux dans les bâtiments rappellent qu’il est interdit de
rire ; précaution superflue, tant les gorges sont nouées.
Du S-21 il n’y eut que 7 survivants dont 3 sont encore en vie
et témoignent de leur histoire au travers de la peinture ou de l’écriture. Nous
en croisons un au cours de notre visite, qui vendait son livre, Rescapé. Peut-être étions-nous trop
sonnés par la visite, mais nous ne sommes pas allés lui parler. D’ailleurs,
Valentine nous confie avoir éprouvé un malaise de se trouver dans les lieux
même de ces tortures, le tout enveloppé du silence troublant et troublé des
visiteurs.
La proximité de cet évènement historique est l’aspect le plus
terrible de ce pays. Nous étions déjà nés que la folie s’en était emparé et que
sa population fut réduite de moitié. Alors que reste-t-il de ce génocide, ou
plutôt qui reste-t-il ? Lorsque nous croisons de vieux Cambodgiens,
c'est-à-dire des plus de 50 ans, nous savons qu’ils ont vécu cette folie,
qu’ils y ont participé. Et c’est d’autant plus troublant que ce sont des gens
tout à fait charmants. Alors nous nous rappelons l’enseignement de ce jeune
professeur d’anglais rencontré dans les ruines d’Angkor : toujours sourire
pour oublier les choses négatives et s’ouvrir aux aspects positifs.
Ce qui fut un collège.
Ici, on ne rit plus.
On applique le règlement.
Les anciennes salles de classe reconverties en lieux de torture...
en cellules exiguës.
Dans les dortoirs communs, les prisonniers étaient couchés
côte-à-côte, les fers aux pieds.
Au portique, on suspendait les prisonniers la tête en bas,
avant de les plonger dans des jarres remplies d'eau.
Quelques cranes.
Duch, le chef de la prison.
Les rêves de paix des enfants d'aujourd'hui...
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